Grève au Franprix

Une vingtaine de salariés réclament la réintégration de leur directeur, qui a amélioré leurs conditions de travail depuis deux ans. Il vient d’être licencié après avoir dénoncé un trafic de drogue dans le magasin.

C’est comme un verrou qui a sauté, au Franprix de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), près de la mairie. En vingt-trois ans de travail comme employée commerciale, Zhor n’avait jamais connu de grève. « On en bavait, mais on se taisait. Aujourd’hui, je dis aux collègues qui ont peur qu’il faut se battre, même si c’est la crise et qu’on a tous des maisons à payer ! » lance la salariée, déterminée. Depuis une semaine, une vingtaine d’employés, sur les trente du magasin, sont en grève, avec le soutien de l’union locale CGT, pour réclamer la réintégration de leur directeur, « Monsieur Serge », qui vient d’être licencié dans des conditions assez troubles.

Ce magasin, l’un des plus gros Franprix d’Île-de-France, appartient au « master franchisé » Cogefisd, contrôlé par Maurice Dahan, qui exploite une trentaine de magasins sous l’enseigne Franprix (Groupe Casino). Au printemps 2010, « Monsieur Serge » est recruté pour diriger un magasin « en pleine crise sociale », raconte-t-il. « Les salariés, qui en avaient assez des abus de la direction, avaient obtenu pour la première fois des élections, et avaient élu un délégué du personnel CGT. J’ai essayé d’instaurer un dialogue. » En quelques mois, il améliore les points les plus sensibles. Il régularise les fiches de paie, embauche six personnes pour mettre fin au turnover de précaires, fait réparer le chauffage, les toilettes, les tapis de caisse. Il augmente aussi le temps de travail de certains employés à temps partiel contraint.

Mais, en septembre dernier, il dénonce auprès du groupe un trafic de drogue mené dans le magasin par son adjoint. « J’ai demandé qu’il soit muté, mais je me suis heurté à un mur », déplore-t-il. « J’ai aussi demandé la mutation de deux employés qui avaient été menacés pour avoir dénoncé le trafic, mais rien n’a bougé. » En décembre, il porte l’affaire aux prud’hommes, qui fixent une audience au 20 janvier. Le 19, il reçoit une convocation en vue d’un licenciement pour « harcèlement sur les employés ». « La direction le licencie alors qu’il essaie de défendre la sécurité des employés et des clients », déplore Gerson Soliman, le délégué CGT. « De toute façon, ils ne m’auraient pas gardé bien longtemps », estime « Monsieur Serge », qui rappelle qu’en décembre, il a fait fermer le magasin le dimanche après-midi car la direction ne lui avait pas fourni la dérogation préfectorale qui aurait autorisé son ouverture.

En fin de semaine dernière, la direction a intimidé les grévistes en leur envoyant des convocations à entretiens pour sanction, des courriers menaçant de leur faire payer le manque à gagner en chiffre d’affaires, puis une assignation pour obstacle au travail. Lundi soir, elle a enfin accepté d’ouvrir des discussions, qui devaient commencer ce matin.